Bien avant le Klondike du Yukon,
la Beauce québécoise devient le "pays" de la première fièvre
de l'or au Canada. En 1834, la jeune Clothilde Gilbert découvre une petite
pépite d'or à la Rivière Touffe de Pin, sur la seigneurie
Rigaud-Vaudreuil. La région de l'actuel Beauceville se situe à moins d'une
heure au sud de la ville de Québec et à trente minutes des frontières du
Maine.
Le sable, le gravier des
ruisseaux et rivières sont sassés. Ambitions fébriles d'entreprises
pionnières. Le pic, le marteau et la pelle besognent dans les écores. Après
les foins, des cultivateurs attrapent la "gold fever". Des
compagnies louent les droits seigneuriaux perpétuels de la famille
Chaussegros de Léry. La Rivière Gilbert, en amont du rapide du diable de
Saint-François-de-la-Beauce, attise les convoitises.
Dès 1847, James Douglas opère
la première entreprise aurifère canadienne, "The Chaudiere Mining
Co.". Douglas est surintendant de la "Hudson Bay Company" et
bientôt gouverneur de la nouvelle colonie de Victoria en Colombie
Britannique.
En 1863, les Poulin et Rodrigue
réveillent à nouveau cette "gold rush". Cette ruée éphémère
provoque, entre autres, immigration, débits de boisson et désordre. La
possession des droits miniers est au coeur de litiges judiciaires nombreux.
Les célèbres pépites Kilgour (52g), McDonald (45g) et St-Onge (42g)
datent de cette époque dorée. Aussi, en 1867, l'entreprise New-Yorkaise
"De Léry Gold Mining Co." établit à Saint-François de Beauce
la première tentative d'exploitation d'un filon d'or au pays. "Claims,
placers, shafts"...
De 1870 à 1884 règne l'âge d'or de l'histoire aurifère beauceronne. W.P.
Lockwood innove avec son procédé hydraulique. La mode californienne a
cours. Le simple mineur gagne 80 sous par jour. De puissants jets d'eau
grugent les berges des cours d'eau. Le chemin de fer avance en Beauce. La frénésie
envoûte.
La fin du XIXième siècle, le déclin
d'un grand rêve. Un appel juridique confirme les droits miniers
seigneuriaux! Les petits groupes de mineurs ne sont presque plus tolérés
sur cette concession de Léry. Depuis 1834, le "gold rush"
beauceron vaut son pesant d'or: 2 millions de dollars.
A son tour, l'Estrie attire, les manufactures de la Nouvelle-Angleterre
aussi. En périphérie de la Beauce, l'écossais Donald Morrison défie les
polices de tout le Canada pendant dix mois.
A cette époque la longue galerie dite
"drift" de Mr. Hardman serpente sous Saint-Georges de Beauce.
Quant à eux, les frères St-Onge creusent le coeur de Saint-Georges.
Exilés au Yukon, deux chercheurs d"or beaucerons sont assassinés.
Vers 1910, le "Champs d'Or Rigaud-Vaudreuil" fore la Rivière des
Meules de Saint-François, deuxième complexe minier au Canada. Bientôt, le
Beauceron Arthur Doyon (1915-1987) prospecte l'Abitibi: la mine Doyon dite
Odyno, alors deuxième producteur d'or au Canada.
Enfin, de 1957 à 1964, la "Beauce
Placer Mining Co. Ltd" risque l'aventure avec sa drague Séraphin-Bolduc
de Saint-Simon-les-Mines.
De 1834 à 1987, les entrailles de la Beauce
enfantent d'une tonne et demie d'or. La Rivière Gilbert s'enorgueillit de
50% de l'or extrait de la Beauce.
Les mines d'or en Beauce, un Eldorado?
source: André
Garant |